Le boîtier photographique, un choix important… ou pas

Dans cet article je ne vais parler que du choix d’un boîtier à objectifs interchangeables. Je laisse donc de côté les appareils photos compacts ou les bridge. Après avoir eu quelques errements matériels, je peux affirmer que :

Le boîtier n’est pas (le plus) important

C’est peut-être violent comme affirmation mais le boîtier n’occupe qu’une place secondaire dans le rendu de la photo.

Évidemment, pour un photographe sportif ayant une obligation de résultats, le choix du boîtier occupe une place de premier ordre. Il faut un autofocus très performant, un boîtier sur lequel on peut monter une longue focale, un rendu en hautes sensibilités suffisamment propre pour capturer des photos d’un événement même en éclairage un peu faiblard afin de permettre un affichage web ou un tirage exploitable dans la presse, une ergonomie sans accroc, un bon rendu jpeg afin de diffuser les photos rapidement à la fin de l’événement… Tout ceci pour pouvoir être le plus efficace possible, en toute situation.

Je m’exprime ici dans le cadre d’une utilisation amateur et artistique de son matériel.

Comment choisir son boîtier

Dans ce cadre, il ne faut pas perdre de vue que le boîtier n’est qu’une interface entre l’objectif et le photographe. Il faut donc choisir son boîtier en fonction :

  • Des objectifs disponibles dans la monture qui seront montés dessus. En restant réaliste. Il y a très peu de chance que vous achetiez un 50mm 1:0.95 Noctilux de Leica (10000€ le 50mm quand même) mais il faut néanmoins vérifier la disponibilité et le prix des objectifs qui vous feront envie dans les prochaines années.
  • De l’ergonomie générale, à vérifier par une prise en main. Attention, je ne restreint pas cet aspect au placement des boutons et fonctions. La taille du boîtier, le viseur (électronique, optique, lumineux ou non…), la  possibilité de viser sur l’écran arrière, si l’écran est orientable ou non, l’accès à la carte mémoire ou à la batterie (problématique sur certains boîtiers car il se fait par le dessous, en cas d’utilisation d’un trépied, c’est vite embêtant), l’autonomie de la batterie sont tout aussi importants. Ici aussi, il faut relativiser. Si vous utilisez un trépied une fois dans l’année, l’accès à la carte mémoire ne sera pas un problème. Il en est de même pour l’autonomie de la batterie. Une petite batterie n’est pas forcément un souci pour tout le monde. Celle du RX-1 et du nex-6 sont données pour un nombre très limité de vues mais ne m’ont jamais posé de souci, même lors de mon trek de 3 jours dans l’Himalaya. Il en est de même avec le viseur électronique. Certains le détestent alors qu’il m’a toujours permis d’exposer correctement mes photos.
  • De ses capacités techniques en fonction de vos besoins. Inutile d’acheter un Canon 1Dx Mk II pour faire des natures-mortes par exemple. De même, il faut adapter son choix à sa pratique. Un Nikon D850 est certes  un excellent appareil, mais il sera peut-être un peu trop visible pour faire de la photographie de rue. La taille du capteur entre dans cette catégorie. Tout le monde n’a pas besoin d’un moyen format mais il ne faut pas perdre de vue que cette taille influencera les possibilités de jeu sur la profondeur de champ et la montée en sensibilité iso (ces éléments peuvent être compensés par l’utilisation d’un objectif très lumineux, voir ci-dessous).

Bref, chacun doit choisir en fonction de son utilisation et non de celles des testeurs, blogueurs ou journalistes spécialisés.

L’objectif prime

La focale et l’ouverture de l’objectif choisi, ses qualités optiques, ses traitements et verres spéciaux auront beaucoup plus d’incidence sur la qualité d’image que le boîtier.

Une photo prise avec un objectif de kit ou avec une focale fixe n’auront pas du tout le même rendu. C’est lié :

  • À la formule optique pleine de compromis sur un zoom (même pour un zoom qui a pour ouverture maximale constante de 2.8)
  • Au nombre de lamelles présentent dans le diaphragme de l’objectif
  • Aux types de verres utilisés (de plus en plus de verres améliorés entrent dans la composition des formules optiques).

Chaque objectif a une signature particulière dans le rendu des couleurs, du contraste, du flou d’arrière-plan mais aussi du flou d’avant-plan, dans la netteté des coins jusqu’au centre d’une image, dans certaines déformations éventuelles (en barillet-tout arrondi, en coussinet, ou les deux de le cas des zooms !)

Sur un appareil photo hybrides, grâce à son tirage mécanique (distance entre le capteur et la baïonnette permettant de fixer l’objectif) plus court que sur un reflex, on peut monter des objectifs de reflex grâce à des adaptateurs sans lentilles (donc sans influence sur la qualité d’image). Cette possibilité ouvre des horizons incroyables puisqu’il est alors possible de monter un objectif Canon ou Nikon sur le boîtier de son choix. Attention à la perte de certains automatismes (plus d’autofocus dans la majorité des cas et plus de contrôle de l’ouverture du diaphragme pour certaines combinaisons objectif/bague d’adaptation).

La taille du capteur

La taille du capteur peut être compensée, en partie, par l’emploi d’un objectif plus lumineux. Un objectif bénéficiant d’une grande ouverture permet de limiter la montée en sensibilité et permet de jouer sur la profondeur de champ, même avec un capteur relativement petit (1″ ou 4/3). Ainsi, il est communément admis qu’un 25mm 1:1.4 sur capteur micro 4/3 (Panasonic et Olympus) équivaut en terme de cadrage et de profondeur de champ à un 50mm 1:2.8 sur capteur plein-format. En terme d’encombrement, le gain est réel. Élément à prendre en compter lors de son choix du couple boîtier/objectif.

L’encombrement et le prix

La taille du capteur, de l’électronique embarquée et de la batterie jouent sur l’encombrement du boîtier. La taille des objectifs est également impactée par la taille du capteur. Pour un smartphone, un objectif de quelques millimètres carrés de surface suffisent pour éclairer toute la surface du capteur mais plus la surface du capteur augmente, plus il faut agrandir la surface des lentilles de l’objectif. Ainsi, Plus la taille du capteur augmente, plus les objectifs sont gros, lourds et chers si on veut rester dans du qualitatif.

Dans l’absolu, un capteur plein-format fournit une image plus détaillé et une transition de net vers le flou plus douce qu’un capteur de 1″ mais il va falloir mettre devant ce capteur un objectif capable de l’alimenter. Et malheureusement, ce genre d’objectif coûte cher et, je me répète, est souvent plus gros/lourd.

En vacances, dans une foule ou lors d’une fête de famille, un appareil lourd et cher peut être handicapant. On n’ose pas toujours sortir avec son appareil dernier cri qui vient de nous coûter, avec son objectif, un mois de salaire (au mieux…). On n’assume pas toujours ce côté touriste que donne l’appareil porté en bandoulière. De plus, les sujets photographiés risquent d’être impressionnés et de perdre leur naturel s’ils sont photographiés à travers un appareil volumineux. Il y a de fortes chances qu’ils « prennent la pose ».

D’un autre côté, un appareil trop petit n’offre pas toujours une bonne stabilité ou une bonne prise en main. A contrario, certaines personnes aiment la bonne prise en main et le côté pro que donne l’appareil volumineux et apprécient être reconnus comme « bons photographes » car disposant d’un « bon matériel ». Les guillemets employés ici ne soulignent pas une quelconque ironie mais bien le souci de relativiser le fait qu’un appareil photographique volumineux fasse de son utilisateur un bon photographe ou que ce même appareil produise de meilleures photos qu’un autre. Le Sony RX-1 est un appareil minuscule (c’en est même ce qui lui est le plus reproché) et, bien utilisé, il délivre une image de très grande qualité.

Il faut donc choisir son couple boîtier + objectif en connaissance de cause.

Le traitement d’image

Je ne parle pas ici de retouche mais bien de traitement. À la belle époque de l’argentique, personne ne se posait la question : pour un amateur, une photo se développait et se tirait sur papier en une seule étape chez le photographe. Aujourd’hui, avec le numérique, les possibilités sont nombreuses. Ce que j’appelle développement est une étape distincte de l’impression. C’est la phase de préparation au développement ou présentation sur écran.

Même s’il est toujours possible de travailler à partir d’un jpeg (le format d’image compressé le plus courant en sortie d’appareil photo), le développement numérique à partir d’un fichier brut de capteur (appelé RAW, à paramétrer dans les réglages de l’appareil) est beaucoup plus aisé et plus simple. Il faut pour cela un logiciel dédié :

Dans tous les cas, ces logiciels permettent de travailler avec beaucoup de latitude :

  • La balance des blancs
  • La colorimétrie
  • Le contraste
  • Le niveau des tons sombres, moyens et claires
  • La gestion des hautes lumières brulées ou des basses lumières bouchées
  • L’ajustement de l’horizon
  • Le débitage  d’une photo prise à haute sensibilité ou dont les ombres ont été fortement relevées
  • La correction des faiblesses d’un objectif (aberrations chromatiques, distorsions géométriques…)

Ce traitement d’image étant réalisé a posteriori, le logiciel aura au moins autant d’influence que le boîtier ou l’objectif choisi.

Pour conclure

Le choix du boîtier n’est pas anodin. Il faut avoir conscience que le boitier sera amené à être remplacé plus vite que le ou les objectifs acquis. Ainsi, ce choix de boîtier doit prendre en compte deux paramètres :

  • Projet d’utilisation(s)
  • Projet d’objectif(s) qui viendront compléter le parc optique initial

Le développement numérique est indispensable pour sublimer vos prises de vues. Aujourd’hui tous les boîtiers numériques à objectifs interchangeables ont un bon capteur. Même la série Nikon 1, pourtant dotée de capteurs de seulement 1″ permet de faire de belles réalisations si on l’équipe d’un bon objectif. Malgré sa petite surface, ce capteur peut enregistrer une quantité d’informations suffisante pour pouvoir obtenir des images de qualité.

Dans tous les cas, après la prise de vue, je conseille fortement de passer par un logiciel de développement pour exploiter toute la plage dynamique (gamme de nuances contenues entre le point noir et le point blanc de la photo) et toutes les informations colorimétriques contenues dans le fichier RAW mais aussi pour débruiter en cas d’utilisation à haute sensibilité iso.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *