Envie de capturer la Voie lactée ?

Capturer la voie lactée : la technique

Le lieu : attention à la pollution lumineuse

La voie lactée n’est pas très lumineuse. Pour la voir, il faut s’éloigner de toute source de lumière qui éclairerait vers le ciel (donc loin des villes). Il faut également un ciel dégagé. Au-delà du masque que forment les nuages et qui pourrait être intéressant pour le rendu final, ces mêmes nuages peuvent renvoyer la lumière du sol et accentuer l’effet de la pollution lumineuse. Attention également  à la lune. Suivant sa phase et son placement dans le ciel, la voie lactée peut complètement disparaître de votre vue et de celle de votre appareil photo.

Le matériel

La voie lactée n’est pas très lumineuse, il va donc falloir exposer le capteur durant un temps suffisamment long pour capturer suffisamment de lumière issue de notre galaxie. C’est pourquoi je vous recommande vivement d’utiliser un trépied (n’oubliez pas de désactiver la stabilisation de votre appareil photo ou de votre objectif dans ce cas, afin de vous assurer une netteté optimale).

Un objectif lumineux est un atout mais n’est pas indispensable, un 18-55mm f/3,5-5,6 de kit suffit

Prévoyez une lampe frontale. Elle sera indispensable pour faire vos réglages, installer votre matériel et simplement aller jusqu’au lieu de prise de vue. Pensez aux piles de rechange.

Les poses longues pourront vous paraître longues… Donc prenez aussi de quoi rendre ce moment privilégié aussi confortable que possible (thermos, de quoi vous asseoir et vous couvrir)

L’exposition

Coma Sony SE16F28
Exemple de coma – Extrait à 100% d’un coin d’une photo prise avec le Sony SEL 16mm f/2.8

Ouvrir le diaphragme de l’objectif en grand est une bonne idée mais attention au vignettage (assombrissement des coins de l’image), à la netteté générale (certains objectifs donnent une image plus précise une fois leur diaphragme fermé d’un cran ou deux) et au coma, une aberration optique qui déforme les étoiles situées en périphérie de la photo. Voir exemple ce-contre.

Monter la sensibilité iso au maximum peut provoquer une image très bruitée et occasionner une surexposition des zones les plus claires de votre image. Cette surexposition peut ne pas être rattrapable au développement de votre fichier RAW. Il vaut mieux se limiter à 3200 ou 6400 isos, sauf si votre appareil a des capacités exceptionnelles en haut isos. Il ne faut pas hésiter à faire plusieurs prises de vues en modifiant les paramètres d’ouverture et de sensibilité pour trouver le meilleur compromis.

La règle des 500

Au niveau vitesse d’obturation, avec un temps d’exposition trop long, les étoiles ne seront plus des points lumineux précis mais des trainées de lumière liées à la rotation terrestre. La règle est : ne pas dépasser un temps, en secondes, de 500 divisés par le nombre en mm de la longueur focale de l’objectif. Il faut considérer la longueur focale correspondante sur un capteur plein format (x1.5 pour un objectif aps-c, x2 pour un capteur m4/3). Exemple avec un 17mm sur un capteur m4/3, il ne faudra pas dépasser un temps d’exposition de 500/(17×2)=14 secondes.

La version simple

Le plus simple est d’utiliser l’outil mis en ligne par Lonelyspeck. Il vous suffit de sélectionner :

  • Le format de votre capteur (Camera Sensor Size)
  • La sensibilité iso maximale que propose votre boîtier (Max ISO)
  • La longueur focale de votre objectif en mm (Lens Focale Length)
  • L’ouverture maximale de votre objectif (Lens minimum f/number).

À partir des éléments donnés, la page vous affichera, sous la dénomination Exposure, les meilleurs paramètres d’exposition à appliquer sur votre appareil photo.

En fonction des conditions, le résultat peut être trop lumineux ou trop sombre. Dans tous les cas, il faudra passer par le fichier brut de capteur, c’est-à-dire prendre la photo au format RAW pour avoir la possibilité de retravailler l’image avec votre logiciel de développement habituel et sublimer votre image par des modifications de la balance des blancs, des courbes de tonalités et des traitements localisés.

Pour la mise au point, vous ne pourrez pas la régler directement sur la voie lactée. Visez une étoile lumineuse ou un élément contrasté suffisamment éloigné pour faire le point à l’infini (symbole ∞ sur votre objectif). Sur la plupart des objectifs, il est possible de dépasser légèrement l’infini. Il faut donc être précis. Une fois la mise au point effectuée, vous devrez débrayer l’autofocus et ne plus toucher à la bague de mise au point. Si l’autofocus n’y arrive pas, faites le point manuellement. Lorsque l’étoile visée paraîtra la plus petite possible dans le viseur ou sur l’écran arrière, votre mise au point sera correct.

Au-delà de l’exercice technique, faire une photo intéressante

La voie lactée seule, c’est beau, mais en photo, elle peut paraître bien isolée… Il suffit de voir la photo ci-dessus : elle parait vide. Pour en faire une photo intéressante, il vaut mieux intégrer la voie lactée à une photo de paysage ou simplement incorporer un avant-plan à l’image, comme dans la photo suivante, afin de donner un peu de profondeur. Vous pouvez éclairer cet avant-plan avec une lampe frontale mais il faudra rester vigilant à ce qu’il ne paraisse pas trop clair par rapport au reste de votre image. N’hésitez pas à faire plusieurs essais pour ensuite faire le tri tranquillement, une fois devant votre ordinateur.

Voie lactée et arbres à La Réunion
Photo prise sur la route du volcan, à La Réunion

La photo ci-dessus a été prise avec un objectif de focale 16mm sur capteur aps-c, soit l’équivalent d’un 24mm sur capteur plein-format. Cette focale est considérée comme un grand-angle, mais elle est déjà limitante car pas assez large pour pouvoir capturer la voie lactée haut dans le ciel en complément d’un paysage intéressant. Il existe deux solutions pour contourner ce problème, sans avoir à acheter un nouvel objectif:

Photographier la voie lactée quand elle est proche de l’horizon

Pour cette première solution, le logiciel Stellarium (logiciel gratuit et libre) est très utile car il permet de connaître avec précision la position de la Voie lactée en fonction de l’heure et de la date, tout en indiquant la position de Lune. C’est très utile pour pouvoir éclairer votre paysage mais également pour anticiper la pollution lumineuse qu’elle engendre. Dans les options d’affichage, n’oubliez pas d’augmenter la visibilité de la Voie lactée (je la règle sur 5) car avec les longs temps de poses que vous allez utiliser sur votre appareil photo, elle sera plus lumineuse que ce que propose le logiciel par défaut. Grâce à l’affichage des points cardinaux, vous pourrez savoir à l’avance où sera la Voie lactée avant de vous déplacer sur le lieu de prise de vue de votre paysage.

Faire un panorama

Aussi étrange que cela puisse paraître, les logiciels d’assemblage de panorama ne semblent pas perturbés par les déplacements d’étoiles durant les nombreuses poses longues nécessaires à la création de votre panorama. Je développe d’abord mes fichiers RAW chacun avec les mêmes réglages dans Capture One Express (sans oublier de supprimer le vignetage de l’objectif) puis j’utilise Microsoft ICE (Image Composite Editor, logiciel gratuit mais non libre) qui donne de très bons résultats pour assembler les images exportées au préalable depuis Capture One express au format jpeg.

Choisir le type de projection

Pour un panorama sur une seule rangée (appareil en orientation portrait), pensez à sélectionner la projection cylindrique. Pour un panorama sur plusieurs rangées, il faudra utiliser la projection sphérique pour un meilleur rendu et éviter les déformations d’étoiles. Avec cette technique, quelle que soi la focale utilisée, vous pouvez capturer un paysage et une très grande portion de ciel, attention cependant à ce que vos clichés puissent se superposer largement pour donner les informations indispensables au logiciel d’assemblage de panorama.

Les photos suivantes ont été réalisées avec le Sony RX1. Ce sont des assemblages de 14 fichiers RAW pris à 35mm, f/2, 800 iso pour le panorama raté et 3200 iso pour le panorama réussi.

Faites des essais

Durant les premières sorties nocturnes, il ne faut pas hésiter à faire de nombreux essais. Vous aurez ainsi suffisamment de matière pour comprendre les réactions de votre appareil photo mais aussi pour travailler vos techniques de développement numérique et d’assemblage de panorama.

Bonnes photos à vous !

3 réponses sur “Envie de capturer la Voie lactée ?”

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